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Dans l'aire du Parc du Mont Viso, et en particulier dans les communes de Bellino et Casteldelfino, survit la mémoire d'anciennes mines de fer et d'une tradition artisanale montagnarde liée au travail des métaux et du bois. Un patrimoine productif qui a façonné l'identité des vallées occitanes piémontaises.
Dans les vallées occitanes qui s'ouvrent au pied du Mont Viso, l'histoire du travail montagnard se mesure en galeries creusées dans la roche et en ateliers où le feu tenait le froid à distance pendant des mois. À Bellino, commune du Val Varaita dans la province de Coni, le sous-sol conserve encore les traces d'une activité extractive documentée au moins depuis le XVIe siècle : des mines de fer articulées en douze galeries, soutenues par des armatures en bois, desquelles on tirait un minerai de qualité fine, propre à la production d'acier. Il ne s'agissait pas d'une activité marginale ni occasionnelle, mais d'un élément d'un système productif qui impliquait tout le territoire, s'étendant jusqu'à Pontechianale et à Torrette, hameau de Casteldelfino, où des traces analogues attestent la diffusion étendue de cette économie extractive le long des vallées.
Le contexte dans lequel ces métiers se sont développés est celui des Escartons, la fédération de communautés alpines qui, pendant des siècles, a gouverné les versants piémontais et français du Mont Viso selon des statuts propres et une logique d'autosuffisance partagée. Un dicton occitan transmis dans ces vallées résume avec précision les conditions de départ : *Nòu méi d'iver, tréi méi d'ënfer* — neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer. Dans un environnement qui accordait peu et exigeait beaucoup, la diversification du travail n'était pas un choix mais une nécessité structurelle. Aux côtés de l'élevage et de l'agriculture d'altitude, les activités complémentaires se sont multipliées : le travail du fer et du bois, les métiers itinérants, les savoir-faire transmis de génération en génération comme un patrimoine familial avant même d'être professionnel.
La métallurgie montagnarde de ces vallées s'inscrit dans un cadre plus vaste, documenté par la recherche historique sur le Piémont médiéval et moderne : déplacements de main-d'œuvre spécialisée, transmission de technologies entre communautés différentes, figures d'entrepreneurs miniers qui coordonnaient l'extraction et la première transformation du métal. Le fer de Bellino, en raison de sa qualité, ne restait pas nécessairement sur place — il circulait, alimentait des échanges, reliait la montagne aux marchés de la vallée et au-delà. Cette mobilité des marchandises et des savoirs est l'une des caractéristiques les moins visibles mais les plus significatives de l'économie alpine traditionnelle.
Aujourd'hui, le Parc du Mont Viso, institué comme aire protégée transfrontalière et reconnu Réserve de biosphère UNESCO en 2013, inclut la mémoire de ces métiers parmi les éléments constitutifs de l'identité culturelle du territoire. Il ne s'agit pas de folklore, mais d'une lecture du paysage qui redonne du sens aux galeries abandonnées, aux toponymes liés au fer, aux structures en pierre qui parsèment les versants. La dimension transfrontalière — partagée avec le Parc naturel régional du Queyras sur le versant français — renforce l'idée que cette civilisation du travail montagnard ne connaissait pas de frontières administratives, mais suivait la logique des ressources, des saisons et des routes commerciales.
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